La Route des Rois, ancienne route commerciale du Proche-Orient
La Route des Rois est d'abord une voie antique, l'une des plus anciennes routes commerciales du monde. Elle traversait la Jordanie du nord au sud, par Madaba, le mont Nebo et Pétra, la cité de pierre rose des rois nabatéens, et des caravanes y faisaient circuler encens, épices et étoffes jusqu'à l'Égypte.
Nous en avons fait notre enseigne. Comme ces marchands d'autrefois, nous faisons voyager des objets qui ont une histoire : l'artisanat égyptien fait main, les trésors de la brocante et des livres d'occasion qui transmettent des savoirs d'ici et d'ailleurs, dans une vision éthique du commerce.
Libraire, chineuse, curieuse des savoirs-faire traditionnels, l'objet m'intéresse, la découverte m'enthousiasme. Il y a ce que nous sommes chacun et notre univers en est le reflet.
De l'expérience des gens à celui de la table. Un goût pour l'artisanat.
La Route des Rois, pour moi, comme une autre opportunité de partager un regard sur le monde.
L'artisanat égyptien, la brocante et la librairie d'occasion peuvent sembler éloignés. Pour nous, ils racontent la même histoire : celle des objets qui durent. Ceux que l'on façonne à la main, selon des gestes transmis de génération en génération. Ceux qui ont déjà vécu plusieurs vies et que nous chinons depuis plus de vingt ans. Et les livres, parfois devenus difficiles à trouver, qui passent d'un lecteur à l'autre.
Fait main, seconde main : c'est au fond le même geste, la même intention. Faire durer plutôt que remplacer, transmettre plutôt que jeter, et choisir chaque pièce avec soin, qu'elle vienne d'un atelier d'artisans égyptiens, d'une brocante ou d'une bibliothèque oubliée. C'est ce chemin que nous suivons, comme les marchands suivaient autrefois la Route des Rois.
Un souffleur de verre du Caire dans son atelier, Mansour et ses meubles en palmier dattier, un artisan du Wissa Wassef Art Center et une jeune brodeuse : derrière chaque pièce, il y a des mains et un savoir-faire.
Découvrir et partager des savoir-faire traditionnels, des gestes simples, ces petits miracles qui nous ramènent à l'essentiel. Concrètement, cela veut dire :
Donner une seconde vie aux objets et aux livres, et faire connaître le travail d'artisans qui vivent de leur savoir-faire. Réutiliser, valoriser : ces mots sont aujourd'hui dans l'air du temps, mais ils nous sont familiers depuis longtemps, grâce à des années passées dans la librairie ancienne et la brocante.
L'artisanat, l'art de chiner et la librairie ancienne : un même cheminement, dans des univers qui nous ressemblent.
L'artisanat égyptien
L'Égypte est une ancienne terre de savoir-faire que peu de régions du monde peuvent égaler. Les techniques s'y transmettent de génération en génération, souvent dans les mêmes villages, parfois dans les mêmes familles depuis des siècles.
Le Fayoum est l'un de ces berceaux. Cette oasis à l'ouest du Nil produit depuis l'Antiquité des poteries et des terres cuites travaillées selon des méthodes qui ont peu évolué depuis les dynasties pharaoniques. On y trouve aussi des céramiques qui allient tradition et innovation, grâce à l'école d'Evelyne Porret. Cette céramiste suisse, diplômée des arts décoratifs de Genève, en a été l'architecte : elle a permis de diversifier l'économie locale, de lutter contre le chômage et de faire du Fayoum une référence mondiale de la céramique artisanale. Son héritage perdure à travers ses élèves et son fils, qui perpétuent et renouvellent cet art unique.
Dans l'extrême ouest égyptien, les artisans berbères sculptent à mains nues les pierres de sel cristallin. Lumineuses, brutes, translucides, ces photophores diffusent une clarté douce et naturelle qu'aucune production industrielle ne saurait reproduire. Les textiles amazighs perpétuent un tissage ancestral, aux motifs géométriques porteurs d'un patrimoine culturel vivant.
Les batiks Wissa Wassef viennent du centre d'art fondé en 1952 par l'architecte Ramsès Wissa Wassef à Harrania, près de Gizeh. Les artisans y créent librement, sans modèle, des scènes inspirées de la vie rurale et de la nature égyptiennes.
Les coussins khayameya perpétuent l'art des tentmakers du Caire : dans la rue des Khayamiya, près de Bab Zuweila, on coud à la main depuis des siècles ces appliqués de tissus colorés, autrefois destinés à orner les tentes.
Dans les oasis, le palmier dattier donne naissance à des meubles artisanaux, populaires, solides, légers et écologiques. Le fauteuil Arioso, pièce emblématique de la sélection, illustre à lui seul cette esthétique bohème et durable que La Route des Rois défend.